30.01.2008

La patience du Pauvre

Dans ce passage, Bernanos s'adresse aux puissants en place, technocrates de tout poil qui nient l'humain, au nom du profit. '' Nous vous avons vus fiers d'une philosophie : celle qui n'accorde à l'homme, à ce bipède, qu'un mobile, l'intérêt, qu'un Dieu, le bonheur, et qu'une mystique, celle de l'instinct. [...] Vous avez pu jeter bas une société, mais vous n'en reconstruirez pas une autre avec cette espèce d'hommes. Construire est toujours une oeuvre d'amour.

Il faudra donc que vous fassiez tôt ou tard appel à une humanité que vous connaissez très mal, [...], dont vous croyez qu'elle n'exige jamais rien, parce qu'elle n'a pas besoin des mêmes choses que vous. [...]vous ne viendrez pas à bout de sa patience, de sa sainte patience. Ce que vous aurez abattu, elle le relèvera derrière vous,[...] L'image que vous vous faites de la vie est devenue si grossière à votre insu, que vous croyez avoir trouvé dans la violence le dernier secret de la domination, alors que l'expérience démontre chaque jour que l'humble patience de l'homme a constamment mis en échec, depuis des millénaires sans nombre, les forces hagardes de la nature. Vous ne triompherez pas de la patience du pauvre - patientia pauperum non peribit in aeternum."

Georges BERNANOS, in « Les Enfants humiliés », 1939 --Les coupures ne dénaturent en rien le texte, nous nous y engageons.--

 

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